Invitation à la lecture

Le projet est de s’appuyer sur l’émotion ressentie lors d’une de mes lectures au moment de la création d’un visage. Le visage est celui d’un des personnages du livre. L’observateur est invité à saisir l’une des émotions et j’espere qu’il aura envie de lire/relire le livre dont il est question ! Ce travail est en cours de réalisation, et sera présenté à la Galerie de la Prévôté à Aix-en-Provence du 7 au 21 septembre 2020.

Anna

Le marin de Gibraltar, 1952. Marguerite Duras

« – Je ne l’ai pas revu depuis trois ans.
– Alors ?
– Je crois qu’il me plaira toujours et que lorsque je le retrouverai…
– Tu as très envie de le retrouver ?
– Ca dépend, dit-elle lentement, mais je peux aussi l’oublier pendant un certain temps.
Elle hésita, puis elle dit :
– Même quand je l’oublie, lui, je n’oublie pas que je le cherche.
Ses yeux s’égarèrent un peu, comme si elle m’invitait à considérer ce mystère, et qu’elle attendait de moi que je l’éclaircisse à mon tour. »

Marguerite Duras (1952). Le marin de Gibraltar (Edition Folio, pages 150-151).

Charlie Gordon

Des fleurs pour Algernon, 1966. Daniel Keyes

« Tandis que nous entrions dans la cafétéria de la 45e rue et que nous prenions nos plateaux, elle ajouta avec animation :
– Les gens ordinaires ne peuvent en voir qu’un petit peu. Ils ne peuvent guère changer, ni s’élever plus haut qu’ils ne sont, mais toi tu es un génie. Tu continueras à monter et monter et à en voir toujours davantage. Et chaque marche te révèlera des mondes dont tu n’as jamais soupçonné l’existence.
Les gens qui faisaient la queue et qui l’entendaient se retournaient pour me regarder, et ce n’est que lorsque je la poussai du coude pour l’arrêter qu’elle baissa la voix.
– Je prie simplement le bon Dieu, chuchota-t-elle, que tu n’en souffres pas. »

Daniel Keyes (1966). Des fleurs pour Algernon (Édition augmenté J’ai lu, page 87).

Guy Montag

Fahrenheit 451, 1953. Ray Bradbury

« Montag contempla ces hommes aux visages brûlés par mille brasiers, bien réels, et dix mille encore imaginaires, dont le travail enflammait les joues, enfiévrait les yeux. Ces hommes dont le regard traversait sans ciller la flamme de leurs igniteurs de platine tandis qu’ils allumaient leurs pipes aux fourneaux éternellement calcinés. Eux et leurs cheveux d’anthracite, leurs sourcils couleur de suie, leurs joues bleuâtres, rasées de près et poudrées de cendres ; impossible de se tromper sur leur compte. »

Ray Bradbury (1953). Fahrenheit 451 (Édition Denoël, page 44).

Winston Smith

1984, 1949. Georges Orwell

« La raison en est, en partie, que, dans le passé, aucun gouvernement n’avait le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante. L’invention de l’imprimerie, cependant, permit de diriger plus facilement l’opinion publique. Le film et la radio y aidèrent encore plus. Avec le développement de la télévision et le perfectionnement technique qui rendit possibles, sur le même instrument, la réception et la transmission simultanées, ce fut la fin de la vie privée.

Tout citoyen, ou au moins tout citoyen assez important pour valoir la peine d’être surveillé, put être tenu vingt-quatre heures par jour sous les yeux de la police, dans le bruit de la propagande officielle, tandis que tous les autres moyens de communication étaient coupés. La possibilité d’imposer, non seulement une complète obéissance à la volonté de l’État, mais une complète uniformité d’opinion sur tous les sujets, existait pour la première fois.« 

Georges Orwell (1949). 1984 (Édition Folio, page 284).

Jonas

Le passeur, 1993. Lois Lowry

« Soudain Jonas, qui suivait des yeux la course du fruit dans les airs, avait remarqué qu’il avait – c’était là l’élément qu’il ne parvenait pas à comprendre -, que la pomme avait changé. L’espace d’un instant. Cela s’était produit à mi-course, se rappelait-il. Puis la pomme s’était retrouvée dans sa main et il l’avait minutieusement inspectée. La même. La même taille. La même forme : une sphère parfaite. La même teinte indéfinissable, comparable à celle de sa tunique.
Cette pomme n’avait absolument rien de remarquable. Il l’avait fait passer plusieurs fois de suite d’une main dans l’autre, puis il l’avait de nouveau lancée à Asher. Et là encore, dans l’air, l’espace d’un instant, elle avait changé.
C’était arrivé quatre fois. Jonas avait cligné des yeux, regardé autour de lui et jeté un coup d’œil oblique à la plaque d’identification attachée à sa tunique pour vérifier l’état de sa vision. Il pouvait lire son nom sans problème. Il pouvait aussi voir Asher sans problème, à l’autre bout de la cour. Et il n’avait eu aucun mal à rattraper la pomme.
Jonas était resté bouche bée.
– Ash ? avait-il crié. Tu ne trouves pas qu’elle a quelque chose de bizarre, cette pomme ? »

Lois Lowry (1993). Le passeur (Édition Médium, page 46-47).

La Loba

Femmes qui courent avec les loups, 1996. Clarissa Pinkola Estés

« …La Loba chante encore et la créature se met à respirer.
La Loba chante toujours, un chant si profond que le sol du désert tremble et pendant qu’elle chante, la bête ouvre les yeux, bondit sur ses pattes et détale dans le canyon.
Quelque part durant sa course, soit du fait de sa vitesse, soit parce qu’elle traverse une rivière à la nage, qu’un rayon de Lune ou de Soleil vient se poser sur elle, elle se transforme soudain en une femme qui court avec de grands éclats de rire vers l’horizon, libre.
C’est pourquoi on raconte que si vous errez dans le désert au coucher du Soleil, peut-être un tout petit peu égaré(e) et sans doute fatigué(e), vous avez de la chance, car la Loba peut vous prendre en sympathie et vous montrer quelque chose – quelque chose qui appartient à l’Âme.
« 

Clarissa Pinkola Estés (1996). Femmes qui courent avec les loups. Conte de La Loba (Édition Le Livre de Poche, page 49).

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